Randonnées pédestres en Corse

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Ce souvenir me hante

vendredi 1er mars 2019

Nous avons vécu ces dernières semaines coups de vent sur coups de vent, d’une violence extrême, rarement connue avec une telle intensité et une telle durée. La maison craquait, la toiture gémissait...
Et ce matin un grand silence régnait sur la maison, sur la montagne.

L’air était subitement devenu immobile, d’une insoutenable immobilité, comme si nous étions face à une gigantesque photographie, c’était même oppressant. Était ce dû à une brusque variation de la pression barométrique, au lever du soleil ?...

Le soleil venait de déborder les crêtes, éclairait la mer, découpait d’ombres fines la côte sarde posée à l’horizon. La mer était plate, comme assommée, sans trace d’aucun courant de salinité. Les récifs noirs des Moines étaient à peine visibles, eux que la houle, les vagues, l’écume positionnent avec rapidité dans l’immensité plate des eaux. Là ils étaient têtes d’épingle noyées en mer.

Tout était figé, comme pris de torpeur, surpris qu’une telle furie ait pu s’apaiser, se dissoudre, disparaître...

Ce souvenir me hante, que le vent tourne
D’un coup, la-bas, sur la maison fermée.
C’est un grand bruit de toile par le monde.
On dirait que l’étoffe de la couleur
Vient de se déchirer jusqu’au fond des choses.

Le souvenir s’éloigne, mais il revient,
C’est un homme et une femme masqués, on dirait qu’ils tentent
De mettre à flot une barque trop grande.
Le vent rabat la voile sur leurs gestes.
Le feu prend dans la voile, l’eau est noire.

Que faire de tes dons, ô souvenir,
Sinon recommencer le plus vieux rêve,
Croire que je m’éveille ? La nuit est calme,
Sa lumière ruisselle sur les eaux,
La voile des étoiles frémit à peine
Dans la brise qui passe par les mondes.


Yves Bonnefoy - Ce qui fut sans lumière

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