Randonnées pédestres en Corse

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Sentier du patrimoine

mercredi 14 février 2018

Une dizaine de sentiers du patrimoine ont été créés ces derniers temps. Financés pour leur majeure part par des crédits extérieurs aux communes, notamment européens, ils présentent l’organisation et la vie sociale des villages de l’intérieur.

Voici celui de Monacia d’Aullene, au pied de l’Uomo di Cagna.

Aujourd’hui recouvertes d’un épais maquis, ces terres furent durant des siècles totalement cultivées, parcourues par les hommes et leurs troupeaux. Chaque parcelle agencée fut labourée. Pendant des millénaires, les bergers y ont transhumé d’octobre à mai, empruntant les drailles, ces vieux chemins qui relient le littoral à la montagne. Aires à blé, murs, murets de soutènement, orii, gardent le souvenir de ces cultures qui ont sculpté et modelé le territoire.

Ici, le peuplement de genévriers est important. Cet arbre au développement lent est devenu assez rare de nos jours, à cause des feux de forêts et de la surexploitation. Son bois dur et imputrescible était recherché, sa densité et son odeur repoussent les insectes, et le rend résistant à l’humidité. On en faisait des poutres, des poteaux de clôtures, des charpentes, des toits en terrasse, après l’avoir coupé à la vieille lune de janvier. On pouvait aussi fabriquer divers ustensiles du quotidien, notamment des manches d’outils.

Il pousse sur des sols arides. Deux espèces sont présentes en Corse. Le genévrier oxycèdre (juniperus oxycedrus), dit cade, pousse jusqu’à 1500 m d’altitude. Espèce la moins commune, souvent de petite taille (2 m), elle possède des feuilles en aiguilles striées de deux bandes blanches. Le genévrier de Phénicie (junierus phoenicea) est nommé « aghiacciu » en Corse. Particulièrement abondant à Monacia, il mesure jusqu’à 8 mètres de hauteur, possède de très petites feuilles en écailles.

Les orii s’implantent dans des abris, les tafoni, utilisés souvent depuis la préhistoire. Tour à tour, habitats ou sépultures, abris des transhumances hivernales, entrepôts agricoles, abris à cochons, agneaux ou cabris, refuge des bandits puis des résistants, ils ont tout au long des siècles accompagné les hommes.

Les tafoni sont nés de l’érosion de la roche qui crée d’étranges formes en creux, abris propices utilisés par les hommes depuis la préhistoire. L’eau de pluie, l’action du vent et du soleil, les différences de températures, vont entraîner la désagrégation granulaire et la destruction par écaillage de la roche. Ainsi, au fur et à mesure, la cavité se forme puis s’agrandit, créant ces formes étranges.

La culture des céréales a tenu une importance considérable. La farine et le pain étaient au cœur de l’alimentation et des préoccupations. Des labours aux moissons, de l’aire à blé au moulin, la vie des villageois étaient rythmée par les travaux agricoles. Les conflits pour les terres cultivables ont marqué l’histoire de Monacia. Au début du XVIIIe siècle, les moulins sont fréquemment détruits par ces luttes, mais toujours reconstruits. A la fin du XIXe siècle, on compte jusqu’à seize moulins sur le cadastre, témoins de l’importance du blé.

Plus ou moins grands, certains ont servi aussi d’habitation à l’étage. Ils se trouvaient au bord des principaux cours d’eau. L’eau canalisée était conduite jusqu’à une retenue dominant le moulin. Elle tombait dans une conduite forcée directement sur la roue à aubes qui se trouvait dans une pièce voûtée au rez-de-chaussée. La roue tournait, entraînant un axe qui actionnait la meule, dans la pièce au-dessus. Le meunier alimentait la meule et surveillait alors la rotation, la cadence et la qualité de la farine produite. C’était un savoir-faire précieux qui faisait du meunier un personnage important de la société villageoise.

L’ensemble agricole de l’Iddastricciola constitue un témoin majeur du bâti à la culture des céréales à Monacia. La maison est typique des habitats des agriculteurs du XVIIIe siècle. Elle se compose de trois niveaux. Le rez-de-chaussée est une cave où l’on garde les ressources, les récoltes, les outils. L’habitat de la famille se situe au premier étage. C’est une grande pièce où se trouve le foyer (a zidda). Souvent, un évier en pierre, dans une niche, permet l’évacuation des eaux usées. Au-dessus, le grenier sert à entreposer lui aussi les diverses récoltes. On remarque au sommet de la maison, sur la pierre triangulaire, la croix dite de San Martinu, saint protecteur des cultivateurs. On lui prête le pouvoir de protéger les habitants et leurs biens, d’attirer la prospérité et éloigner mauvais œil et foudre…

Juste à côté de cette maison se trouve l’aire à blé où les bœufs tournaient en tirant une grosse pierre, pour dépiquer le grain. Le grain était ensuite entreposé dans l’oriu voisin. Ce terme vient du latin « horeum » signifiant « grenier à blé ». A côté de la maison, on devine encore les planches du jardin alimenté par une citerne et le verger où poussaient poiriers, pommiers et amandiers.


Plus de 460 000 Euros HT ont été engagés pour la réhabilitation de ce sentier.

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