Randonnées pédestres en Corse

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Confinement

lundi 23 mars 2020

Il est 8 heures.
Plié en deux, les mains protégées de gants, j’épierre une parcelle abandonnée depuis au moins deux générations.
Ce fut, jadis, une parcelle travaillée, des traces de murets se retrouvent de ci de là sous la végétation. Aujourd’hui elle est couverte de chênes verts, de chênes liège, d’oléastres, de filaires, d’arbousiers, de lentisques. Le sous bois, lui, est principalement constitué de coronilles, calicotomes, myrtes, lianes, ou ronces...

Il fait doux.
Les oiseaux pépient, la brise glisse sous les feuillages, une tronçonneuse résonne par moments au loin, en bas dans la vallée.
Il y a de plus tristes confinements...
Épierrer est un travail facile, jadis dévolu aux vieux, il ne demande pas d’effort, pas de précipitation, seulement de la persévérance, du temps. Et les vieux n’ont plus d’urgence,..

Les pierres sont regroupées en tas, ou en ligne si la construction d’un muret est envisagée. Elles sont devenues apparentes sous l’effet des pluies, du ruissellement, du piétinement des animaux domestiques ou sauvages.
Elles sont de toutes formes, toutes de granit. Les plus grosses sont mises de côté pour coiffer le haut des murets, les plus plates formeront des marches.

Parfois elles se présentent feuilletées, comme des plaques de schiste, signe qu’à proximité une faille a fracturé le socle. C’est le frottement des deux faces de la faille qui a échauffé, transformé et feuilleté la roche.
C’est sur ces lignes de fracture que les sources s’alignent. Les sourciers savent les utiliser pour définir l’emplacement des puits.

Là, j’épierre le long d’une faille. Quelques tiges de jonc, en contre bas de la fracture, témoignent d’une présence de l’eau à faible profondeur. C’est le trop plein de la nappe phréatique qui, profitant de défauts d’étanchéité dans la faille, s’épanche dans la pente.
Car la faille joue souvent un rôle de barrage dans l’écoulement des eaux souterraines. L’argile entraînée par la percolation des eaux dans le sol, au cours de centaines de générations, a tapissé la faille et l’a étanchée.
Il suffit d’observer quelques sources alignées le long d’une faille pour remarquer ces dépôts d’argile.

Épierrer c’est donc aussi observer, et observer est le premier critère avant de comprendre... Le confinement est aussi une école... Est ce d’épierrer qui a rendu nos anciens si sages et si perspicaces ?...

Après épierrage viendra le girobroyage. Il laissera un sous bois propre et dégagé sous les chênes.
Le confinement peut durer. L’activité ne manque pas. Hier je voyais un tracteur au fond de la vallée, entre les vignes. A chaque demi tour il renvoyait un éclat du soleil levant. Comme un phare signale sa position, il signalait avec régularité le bout de la rangée...

L’été dernier la double canicule et l’invasion de bombyx disparate ont fragilisé la végétation. Les conséquences, en ces premiers jours de printemps, sont bien visibles : les sous bois sont plus clairs, les arbres moins feuillus, un grand nombre d’arbousiers, de chênes verts, de bruyères sont morts, en dépit des bonnes pluies de l’hiver.
Nous ne manquons pas de bois mort pour allumer la cheminée... Mais la forêt plus sèche, est devenue plus inflammable encore...il faudra déboiser aussi autour de la bergerie.

Le confinement peut durer. Le travail ne manque pas.
Il y a de plus durs confinements....