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Sommes nous à l’abri ?

mardi 16 avril 2019

Une lettre d’hier (2015) et une étude d’aujourd’hui

... Engoncés dans nos certitudes, prisonniers de nos habitudes, sommes nous toujours à l’abri en ville, à la campagne, en montagne ?

Deux articles de presse nous diraient qu’il n’en est rien...

"Le ministère de la santé japonais a annoncé, mercredi 11 mars 2015, avoir été contraint de jeter de la viande de baleine importée de Norvège contenant deux fois plus de pesticides que la norme autorisée, confirmant les informations de plusieurs organisations écologistes." Le Monde Le 11/03/15

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La Norvège est, avec l’Islande, le seul pays au monde à autoriser la chasse à la baleine, harponnant plusieurs centaines de cétacés chaque année. Malgré une consommation de moins en moins importante, le Japon pratique aussi la chasse, mais officiellement à des fins scientifiques, même si une grande partie de la chair finit sur les étals des marchés. .

Mais le propos ici n’est pas la protection de la baleine même si le sujet mérite qu on s’y attarde. Non, mon souci vient du fait que la baleine est un animal sauvage, libre, qui déambule entre la baie de l’Hudson au Canada, et les tropiques, 45 000 kms plus au sud, où il se reproduit. Mon souci vient du fait que la baleine n’est pas le produit de fermes d’élevage, gavé par des farines animales, stimulé par je ne sais quoi...et que dans les chairs de cet animal nos amis japonais ont trouvé deux fois plus de pesticides que la norme nippone...

"Des tests réalisés sur de la viande en provenance du pays scandinave ont révélé à deux reprises l’an passé la présence de 0,2 ppm (partie par million) d’aldrine et de dieldrine combinés, ainsi que de 0,07 ppm de chlordane, alors que le Japon autorise des niveaux respectifs maximaux de 0,1 ppm et 0,05 ppm. Interdites ou strictement réglementées dans les pays industrialisés, ces substances chimiques, qui persistent longtemps dans l’environnement et s’accumulent dans les tissus adipeux, sont jugées extrêmement dangereuses pour la santé." Le Monde Le 11/03/15

Le ministère de la santé japonais a confirmé avoir donné l’ordre de se débarrasser de la viande incriminée. « Les baleines ont tendance à accumuler des polluants de l’environnement, comme les pesticides et les métaux lourds », a-t-il justifié... Si la baleine, adepte des grands espaces et des vastes océans, accumule les polluants cela signifie donc qu’ils sont présents sur toute la planète.

Alors comment nous mêmes pouvons nous être à l’abri ?!!

Et là, je tombe sur l’article du Monde d’aujourd’hui (12/03/15) qui annonce qu’une vingtaine de perturbateurs endocriniens ont été trouvés dans les cheveux de Parisiennes !

"Au moins une vingtaine de perturbateurs endocriniens (PE) – avérés ou suspectés – seraient présents dans les cheveux des femmes urbaines en âge de procréer. C’est le principal message d’une étude rendue publique jeudi 12 mars par l’association Générations futures, financée par le Conseil régional d’Ile-de-France. Ces résultats se fondent sur l’analyse des cheveux d’une trentaine de jeunes femmes de 20 à 35 ans, vivant principalement à Paris et en banlieue parisienne – échantillon toutefois non-représentatif de cette population.

"Les PE sont une catégorie de molécules présentes dans de nombreux objets d’usage courant (conditionnements alimentaires, solvants, cosmétiques, etc.) et dans la chaîne alimentaire (pesticides, etc.), capables d’interférer avec le système hormonal et d’agir ainsi à de très faibles niveaux d’exposition. De nombreux troubles et maladies émergentes (diabète de type 2, obésité, cancers hormono-dépendants, etc.) sont suspectés d’être favorisés par ces substances.

"Une soixantaine d’entre elles, principalement des pesticides, ont été recherchées dans l’analyse conduite par Générations futures. Dans le meilleur des cas, 12 molécules différentes ont été retrouvées ; dans le pire cas, celui d’une jeune femme vivant en petite couronne, 32 substances distinctes ont été détectées." Le Monde Le 12/03/15

Alors, même éloignés des zones agricoles, comme les baleines au cœur de l’Atlantique, sommes nous toujours à l’abri ?

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Bonnes randos, mais... sortez couverts !

Et dans Le Monde d’aujourd’hui (16/04/2019), je découvre l’article suivant : "Transportés par l’air, les microplastiques polluent jusque dans les montagnes".

"Une étude menée dans les Pyrénées suggère que ces particules peuvent voyager sur de très longues distances, par voie aérienne.

"L’air pur de la montagne est-il devenu une illusion ? L’atmosphère pourrait bien y être aussi chargée en microplastiques que dans les grandes villes, selon les résultats d’une étude française menée au beau milieu du parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises et publiée lundi 15 avril dans la revue britannique Nature Geoscience.

"C’est la première fois que de telles mesures sont réalisées dans un milieu isolé, difficile d’accès, éloigné des villes et de toute activité industrielle. Perchée à 1 425 mètres d’altitude, la station météorologique de Bernadouze, où les chercheurs ont effectué leurs prélèvements, se situe en effet à 6 km du village le plus proche, Vicdessos (500 habitants environ), et à 25 km de Foix.

"Sur la période allant de novembre 2017 à mars 2018, ils y ont observé le dépôt quotidien moyen de 365 microplastiques par m2 de surface au sol, amenés là par le vent, la pluie et la neige. « Nous nous attendions à trouver du plastique, mais pas en de telles quantités  », soutiennent Steve Allen et Deonie Allen, chercheurs au laboratoire Ecologie fonctionnelle et environnement (EcoLab, Ecole nationale supérieure agronomique de Toulouse) et copremiers auteurs de l’étude.
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"Ces taux se situent en effet dans la fourchette de ce qui est mesuré dans deux mégalopoles, Paris et Dongguan (Chine), seuls endroits au monde où les taux de microplastiques dans l’air avaient jusqu’alors été documentés. Surprenant ? «  Il n’y a pas de frontières dans les masses d’air ; tout ce qui est produit dans la ville se diffuse », répond celui qui travaille justement sur les microplastiques polluant l’atmosphère parisienne, Johnny Gasperi, maître de conférences au Laboratoire eau, environnement et systèmes urbains (LEESU, université Paris-Est-Créteil).

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Sur près de 100 kilomètres

"Une estimation du parcours des microplastiques atterrissant à Bernadouze, réalisée à partir des relevés météorologiques et de modèles mathématiques, suggère en effet que ces particules ont pu voyager par transport aérien sur près de 100 km. Et «  il s’agit probablement d’une sous-estimation  », soulignent Deonie et Steve Allen, car ces données reposent sur la vitesse de déposition de particules de poussière, qui sont « beaucoup plus lourdes que les microplastiques ».

"Ainsi, même au fin fond des Pyrénées, l’on respire des fragments, des films et des fibres de plastique. Ces microparticules, essentiellement composées de polystyrène (41 % des prélèvements), de polyéthylène (32 %) et de polypropylène (18 %), sont issues, pour la plupart, d’objets en plastique à usage unique, d’emballages, de sacs plastiques et de textiles. « Cela nous met face à nos pratiques : nous utilisons le plastique massivement depuis cinquante ans et nous portons tous des vêtements en fibres synthétiques depuis trente-quarante ans, commente Johnny Gasperi. Tout cela laisse des traces, forcément. »

"D’autant que l’atmosphère n’est pas le seul compartiment environnemental à être touché : l’omniprésence des microplastiques dans les cours d’eau et les océans fait en effet l’objet d’un nombre croissant de publications.

« Repenser notre manière de gérer le plastique »

"Or, à l’heure actuelle, très peu de choses sont connues quant aux conséquences de cette pollution sur la faune et la flore. Quelques études récentes suggèrent que les micro et nanoplastiques pourraient altérer le système hormonal et modifier le comportement de prise alimentaire et de reproduction des insectes et des vers, mais la recherche n’en est qu’à ses prémices, note Deonie Allen.

"En outre, « on ne connaît absolument rien de l’impact pour la santé humaine d’une exposition aux microplastiques  », pointe Johnny Gasperi, rappelant à ce titre que la thématique des plastiques était relativement récente en recherche, ayant débuté il y a une dizaine d’années seulement.

"Mais face aux données qui s’accumulent sur la présence généralisée de ces micropolluants dans l’environnement, des projets de recherche visant à évaluer les risques pour la santé commencent à émerger. Aux Pays-Bas par exemple, quinze projets d’une durée d’un an, financés notamment par l’Organisation néerlandaise pour la recherche scientifique et le gouvernement, viennent de débuter. Ils devraient permettre de savoir, par exemple, si les microplastiques que nous inhalons peuvent se propager des poumons jusqu’aux autres organes, ou encore si une exposition aux microplastiques peut affaiblir notre système immunitaire.

"En attendant, « il nous faut totalement repenser notre manière de gérer le plastique », estiment Steve et Deonie Allen. Les chercheurs plaident notamment pour une considération non plus locale, mais globale, de cette pollution qui n’a pas de frontières.

"Sylvie Burnouf Copyright Le Monde"